Interlude utopique : Constatation Sidérante V
Pouce !
Ecrit le samedi 29 Octobre 2005, à 01:02. Deux cent soixante-dix-neuvième ticket.
Lire Roméo et Juliette du grand Shakespeare traduit par Yves Bonnefoy me frustre au possible. Jamais je n'ai autant eu envi d'être né anglophone. Tout ça, rien que pour pouvoir jouir d'une lecture de l'oeuvre originelle avec ses rimes et tous ses pieds.
Je vis la même tourmente que le pauvre élisabéthain lisant dans sa langue une pale traduction des vers de Molière. Pourquoi devrait-il être privé du plaisir qu'apportent les sonorités de ces phrases ? Pourquoi devrais-je l'être de celles de l'illustre anglais ?
La littérature est injuste.
Pensons à tous les peuples qui ont des langues infâmes avec lesquels aucun esprit n'a encore eu le courage d'écrire une oeuvre majeure. Ces pauvres gens sont condamnés dès leur naissance à ne jamais profiter du plaisir de la lecture d'une bonne tragédie versifiée. Malheureusement, ils sont aussi pour beaucoup condamné à ne jamais profiter du plaisir de la lecture d'un simple malheureux bouquin.
La culture est injuste.
Nous avons la chance d'avoir à notre portée une sorte de redondance culturelle, et personne ne s'en rend vraiment compte.
La vie est injuste.
Faire ce genre de constations ne ressemble pas à mon petit coté bourgeois élitiste, ce qui donne tord a un certain nombre de mauvaises langue. Na !
Bref.
J'ai de plus en plus de mal à accorder du temps à la rédaction de tickets pour ce blog. J'écris à coté différentes choses plus ou moins abouties, je retravaille des délires pour en faire des textes exploitables, et enfin, je peaufine des projets un peu fous, comme celui de faire un site mi atelier d'écriture, mi recueil de nouvelles, pour regrouper des textes de qualité écrits par des gens qui ne sont pas des auteurs connus (Coalegre quand tu nous tient).
A coté de ce temps accordé à l'écriture, je vis pleinement mon adolescence en crise. Sorties et travail (faussement) acharné forment mon quotidien.
Tout ça pour dire que dans un monde parfait, tous les idiomes auraient leur Baudelaire, leur Shakespeare et leur molière.
Envie de rien, Envie de tout.
Envie de toi.
Ecrit le jeudi 20 Octobre 2005, à 20:15. Deux cent soixante-dix-huitième ticket.
Mon raz le bol se généralise. Je ne supporte plus grand-chose, je suis fatigué et j'ai mal partout. Qui plus est, l'hiver arrive et mon ancien univers me manque.
Sans oublier que toutes les feuilles des arbres sont en train de mourir dans une beauté provocante. Vivement une bonne bourrasque de vent pour que vous arrêtiez d'agoniser dans un si bel apparat.
Mon erreur de filière se fait de plus en plus ressentir : Quoi de plus barbant que des chiffres juxtaposés à des lettres grecques ? La dernière chose qui me tienne d'aplomb est peut être l'idée que chaque jour passé est un de moins vers la fin.
Par peur, je n'ose pas définir exactement de quelle fin il s'agit.
A coté des équations et des barycentres, c'est la fête foraine ici.
Un bruit effroyable que mes frêles oreilles ont du mal à supporter. Des odeurs de fritures, d'eaux de toilette bon marchée et même de sueurs en fonction des personnes que l'on croise.
Personnes qui généralement exposent sans pudeur leur ennui sur leurs visages.
En y pensant, je dois en faire autant.
Je ne sais pas pourquoi, la fête foraine d'ici ne me fait guère penser à autre chose qu'à du négatif. Je n'aime pas le bruit, je n'aime plus les gens. Heureusement qu'il reste le goût gras et sucré des Croustillons et des Churros.
Encore une fois, mon retour à la bonne humeur va se faire au dépends de ma ligne.
Demain nous avons un Bac Blanc de Français. Quatre heures de notre petite vie assis sur une chaise devant une table sans doute bancale qui au moindres de mes tentatives de réflexions percutera avec un bruit sourd et abrutissant la table ou le mur voisin.
Sera sanctionné au devoir le fait que nous n'ayons fait que des travaux d'argumentations guidés avec notre gentil professeur. Par travail d'argumentation guidé, j'entends bel et bien l'écoute passive du Savant exprimant les idées, les remarques, et le travail final.
Inutile de préciser que cet homme est le premier a avoir réussi l'exploit de m'ennuyer en me parlant de littérature. Il mériterait sans doute un prix.
Trop d'hommes méritants ne sont pas récompensés de nos jours.
Je finis par être persuadé que ma place n'est pas tant en S, ES, ou L que parmi des mouton ou des Yack au fin fond de la Biélorussie.
C'est peut être ça la solution. Abandonner toutes contraintes de l'esprit pour partir à la conquête de pâturages sains et verdoyant.
Bon, l'exemple de la Biélorussie est peut être mal choisi.
Enfin, ça pourrait aller plus mal. J'arrive à annihiler mes pulsions d'auto étranglement grâce au concours de mes nouvelles relations qui peuplent maintenant la nouvelle histoire de ma vie.
Bébé Delta + et Bébé Delta -
Faites S !
Ecrit le dimanche 02 Octobre 2005, à 17:35. Deux cent soixante-dix-septième ticket.
Mes samedis soirs ne m'appartiennent plus. La période où je pouvais consommer ma solitude le week-end seul entre les quatre murs jaune vif de ma nouvelle chambre est révolue. Voilà encore un samedi soir que je passe hors de ma maison, pour mon plus grand plaisir évidemment.
Quelque chose de nouveau est en train de se construire ici, une nouvelle vie est en train de s'établir lentement d'elle-même. De nouvelles rencontres, quelques longues discussions, des sourires, des réflexions idiotes et voilà que les premières pierres d'une nouvelle existence sont posées. Il ne reste plus qu'à, jours après jours, instants après instants, façonner le nouvel héros de l'histoire de notre vie.
Ne soyons pas dupe. Il n'est pas aussi simple de repartir avec autant de vigueur si vite lorsque, jeune pousse que je suis, nous avons été transplanté dans un autre pot qui ne convient pas forcement au mieux a nos caractéristiques profondes. Ce n'est pas facile, pour toutes les raisons que j'ai essayé d'exprimer dans les tickets précédents. Ca ne le sera pas avant un bout de temps de toute manière.
En attendant, je puise dans ma réserve, on verra bien jusqu'où elle me mènera.
Ce qui m'étonne vraiment c'est de voir que mes sorties répétés ne m'empêchent pas de faire mon travail de Première S. Suivre cette filière me parait de moins en moins être semblable à accomplir l'oeuvre d'un titan. On s'habitue au final et donc, à passer quelques heures sur des exercices de physique, de chimie, de mathématiques et de SVT. Cela n'étonne même plus de travailler plusieurs heures d'affilées.
De toute manière, je n'ai pas le choix, mes deux prochaines années ne seront que des répétitions acharnées d'applications numériques diverses et d'oublies d'exposants.
Je finirai bien un jour par ne plus rire aux éclats en me rendant compte que mon résultat est, à quelques centaines de puissance de dix près, celui attendu.
Je me lasserai aussi de relire mes cours à la maison de manière a apprendre les différentes méthodes que des personnes sans vie sociale ont trouvées pour factoriser un polynôme ou encore pour savoir comment la molécule d'eau peut bien se faire attirer par des champs électromagnétiques.
Mais à cette période, je serais peut-être prêt pour le bac, prêt à partir loin des calculs rationnels et des couches super-concentriques terrestres...
Et tout ça pour essayer de devenir journaliste ou de vivre de sa plume.
Vive l'école et vive la France !