(Suite à
Un sommeil agité.)
Des ruines s'étendent sous mes pieds. Des gravats se mêlent à un planché qu'on a broyé de diverses manières. Le haut d'une chaise égarée dépasse du monticule de temps à autres. Je ne sais pas ce qu'il y avait en cet endroit avant, mais maintenant il n'en reste plus grand-chose.
Il fait froid, très froid. Quelques légers flocons apparaissent dans le ciel. Très vite la neige ensevelit les décombres et étouffe les plaintes échappées des entrailles de ces tristes ruines. Je sens de nouveau l'oppression d'un passé trop compliqué ou trop puissant pour moi seul. J'en ferme les paupières.
J'ai froid.
J'ai toujours froid, mais c'est devant les marches usées d'un rêve passé que je rouvre mes yeux. Je commence à avoir peur, et je refuse de faire comme la dernière fois. Je ne montrai pas les marches.
Je me retourne.
Je suis dans le hall d'un immeuble, assez vétuste je dois avouer. Une porte trouée de nombreuses vitres peintes recouvertes de grains de poussière filtre une lumière pâle, une lumière morte qui vient se perdre sur le plancher gras dans quelques reflets mordorés.
Cette porte s'ouvre brusquement et une personne s'engouffre dans le hall à toute vitesse, me croise en me heurtant presque et monte les nombreuses marches que je viens d'éviter, d'un petit pas de trot.
Une nouvelle personne anonyme s'engouffre derechef dans le hall et procède exactement comme la précédente, d'une manière un peu plus rapide peut-être, comme si celle-ci poursuivait la première.
Puis une troisième arrive et me croise sans me voir, puis une autre, encore une autre. Ces personnes me croisent tantôt par la droite, tantôt par la gauche, toujours en me frôlant, sans jamais me toucher.
Dix, vingt, trente ou quarante puis une foule épaisse et mouvementée qui s'éventre devant moi pour se reformer juste après, comme une rivière ou un fleuve évitant et contournant un obstacle étranger. Des femmes, des hommes, des jeunes adultes pour la plupart, âgés entre 18 et 20 ans, qui fixent mes yeux sans jamais croiser mon regard, qui marchent à vive allure se pressant vers les fameux escaliers.
Ces pâles moutons de panurges en costume de soirée qui galopent à leur perte m'angoissent de plus en plus.
Je décide d'avancer, fendant cette foule silencieuse à mesure de mes pas. Plus je me rapproche de la porte ouverte, plus la foule se fait dense, et plus les personnes vont de vive allure.
La poche de survis que dessinait la foule se brisant devant moi se resserre peu à peu, me faisant prisonnier de ce flot d'individus ordonnés.
Cette foule anonyme qui s'engouffre dans ces vieux escaliers me happe et m'absorbe. Je ne touche plus le sol, je suis véritablement porté par ce flux et entraîné dans les escaliers. Alors se refait le chemin du dernier rêve, sans les goûtes de sang ni la fille, mais avec cette fois une centaine de personnes m'emportant avec eux. De dos cette fois, j'entre dans la lumière, et sur le dos encore une fois, je me réveille sur mon lit.
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