"Gloire aux mots, gloire a mes mots qui baisent mieux que le sexe de mon rival."
Amélie Nothomb.

Page de l'attache-sofa de ce ticket.
L'Attache Sofa c'est en quelque sorte un terme nouveau pour signifier lien permanent.

Un sommeil agité.
Engagez-vous, qu'ils disaient !
Ecrit le mardi 20 Septembre 2005, à 20:38. Deux cent soixante-seizième ticket.

Un long escalier en bois massif graissé et creusé par les pas d'un millier de personnes s'élève vers l'infini devant moi. Relativement polis, je décide de faire ce qu'il convient de faire devant un escalier : Le gravir.
L'ascension se fait lentement.
La lourde rampe est trop haute pour que je puisse m'en aider. J'avance donc seul, minuscule au milieu de cette immensité. Les degrés ne sont plus droits mais brillent avec fierté comme s'ils avaient été cirés la veille.
L'atmosphère épaisse et froide que j'essaye de respirer me dévoile le lourd passé poussiéreux qui hante le lieu. Des gens ont vécus ici, ou tout du moins, y sont passés.
Quelques faibles rayons d'un soleil hivernal filtrés par une haute fenêtre aux verres sales viennent mourir sur les murs en mue, desquels la peinture jaune pale écaillée tombe comme une vieille peau.

Enfin j'arrive à la cime de mon escalier. Un large palier en parquet brun mène à la seule et unique porte de tout cet univers. A la droite de la porte, une jeune fille pâle au physique décédé m'attend. Alors que je gravis les dernières marches, elle esquisse un sourire amer.
Elle s'approche de la porte pour en tenir la poignée.
- Je m'en doutais un peu.
Je ne comprends pas ce qu'elle veut dire.
- Mais maintenant que vous m'avez cherché, me voilà.
Je ne comprends toujours pas. Elle détourne son regard du mien pour regarder un coin du palier. La trace ensanglantée de quatre doigts descend vers une flaque solide de ce qui semble être du sang. Je ne trouve toujours pas quoi que ce soit de logique dans tout ça, mais cela ne semble pas gêner la jeune fille.
- Vous comprendrez, bientôt.
D'un lent mouvement, elle abaisse la poignée et pousse le battant qui s'ouvre sur une vive lumière blanche qui telle la Pierre Philosophale de l'immobilier, efface l'apparente vieillesse de l'immense pièce et de son escalier. Les murs semblent alors fraîchement peint, le parquet et les vitres sont propres. L'atmosphère sent le neuf.
- Vous vouliez savoir... Suivez moi.
Elle franchi alors la porte pour disparaître dans la lumière. Je jette un dernier regard autour de moi, et je la suis.

Et je me réveille.
Je dois avouer que je savoure à l'avance les hypothèses diverses des freudiens confirmés. Mais pour le moment, je n'ose même pas chercher à comprendre.

"Un sommeil agité." : 4 commentaires
mwa  - Posté le 01/10/2005 à 16:30 :
Avataren errant tranquillement sur la vague du nain ternette (euh...internet), je suis tombée sur ce blog... j'ai pas encore tout lu mais ça me plaît bien pour l'instant ^^ donc voilà, c'était juste pour dire quelque chose, te mettre en garde du polluage imminent de commentaires par "mwa" (c'est pas français ? ah bon).
voilà voilà, bon rêve.
le boum [Site] - Posté le 23/09/2005 à 10:57 :
Avatar"littératurisation" : terme intéressant, avec un rien de péjoratif. C'est ainsi que je l'ai perçu, Mathieu, à travers votre réponse à Charles. Mais je peux me tromper. Je ne pense pas qu'il soit ridicule de bien écrire, ce qui n'est pas, en soi, « faire de la littérature ». Tant que l'on s'exprime en vérité - publié ou pas - sans chercher à plaire ou à flatter, je n'estime pas que ce soit « faire de la littérature ». Toute expression dans n'importe quel langage (musique, peinture, écriture, etc.) n'est en rien péjorative ou affectation. Par contre mal écrire et publier, serait une forme d'affectation, de prétention... Le message ne passera pas.

De même, ce qui compte c'est le récit du rêve car il correspond à deux éléments : la conservation du rêve par ce qui en est rapporté d'une part, et d'autre part, son interprétation à travers ce qui en a été retenu consciemment, que ce fût spontanément (tel que c'est revenu à l'esprit), ou volontairement par une espèce ce reconstitution (vraie ou fausse, peu importe). Mais vous avez eu raison de l'écrire et vous l'avez décrit d'une manière qui « accroche ». Ce qui compte, selon moi, c'est la question plus que la réponse, c'est le rêve plus que son interprétation.

L'interprétation d'un rêve suppose, pour en détacher des informations sur le rêveur, doit être faite par un professionnel qui a étudié la symbolisation et autres éléments que l'on retrouve dans beaucoup de rêves. Ce n'est ni de votre ressort ni du mien. D'autant qu'une telle interprétation suppose aussi des entretiens privés avec le spécialiste sur le contexte de l'existence du rêveur. Et là, c'est tout à fait autre chose : ça devient de l'analyse.

Par contre pour un lecteur, rapporter ingénument ce qui est perçu (ou reçu) d'un rêve, que l'on connaisse ou non le rêveur, peut présenter un intérêt pour ce dernier. Quant à moi j'y vois :
• un grand effort du rêveur (escalier grand, haut, long, pénible à gravir)
• à l'arrivée en haut, les signes de regrets sur ce qui fut abandonné (le sang, la jeune fille "au physique décédé")
• le choix unique ou imposé (une seule porte), donc pas de choix (?)
• l'intérêt porté à ce choix (brillant, propre, peint) qui est signe de l'accès à une activité nouvelle, peut-être à une existence nouvelle.
Aller plus loin serait disposer d'informations sur la vie privée du rêveur. Mais un blog doit-il se lancer dans le privé et l'intime? Je n'ai pas de réponse...

Je ne suis en rien freudien, mais je considère que l'oeuvre de Freud, quels que puissent être ses insuffisances, est de très grande importance.

À noter :
Relativement polis => poli (s'il s'agit du rêveur) ou polies (s'il s'agit des marches de l'escalier)
Des gens ont vécus => vécu
les murs en mu ??
Les murs semblent alors fraîchement peint => peints
pascail  - Posté le 20/09/2005 à 22:38 :
AvatarTu te trompes Charles, malheureusement. Cependant, l'inverse de ce que tu dis est vrai. Murs, immobilié, poignée, battant, et autres paliers ne sont que la "littératurisation" de mon rêve qui pourrait bien tenir en 2 lignes : Je monte un escalier, et j'arrive devant une fille qui me dit des truc bizarre et me montre une tache de sang. Elle m'ouvre une porte et me propose de la suivre : c'est ce que je fais. Moins savoureux (à écrire, en tous cas) mais tout aussi - malheureusement - réel. Désolé.
Charly  - Posté le 20/09/2005 à 22:23 :
AvatarEn tant que fils de psy , je vais me risquer a une interpretation :
L'escalier a gravir represente l'épreuve que tu vie actuellement : une periode de solitude et de soufrance . La presence d'un lexique de l'habitation (murs , immobilié , poignée , battant , ect ... ) met en evidence le lien directe avec le déménagement . La lumière et l'atmosphère 'neuve' doit être une tentative de ton subconscient de te faire comprendre qu'a refouler les bon cotés du déménagement , tu ne réussira qu'a étre encors plus malheureu/névrosé .

Quand a la presence de la femme et de la tache de sang , j'aurais plutot tendance a dire que c'est un effet de style litteraire , mais je me trompe surement

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