Flash-back contrôlé.
Pour comprendre ce qui suit il faut dans un premier temps remonter au
18 mars 2004 et se remettre dans le bain, même si celui-ci est froid, vu que les vrais faits se sont déroulés en mai.
Un petit résumé de ce qui s'est passé s'impose de lui-même.
J'étais jeune et un peu con, je commençais à vouloir infliger à mes profs un petit style rédactionnel propre à mon adolescence et à ma suffisance. En claire, j'écrivais comment j'avais envi de lire, comme si ce qui me plaisait devait plaire à tout le monde.
Parenthèse.
Personnellement je ne comprends pas pourquoi les auteurs qui sont des références, sont des références de nos jours. Peu de personnes aiment vraiment, c'est plus par snobisme, par de l'hypocrisie, qu'on annonce en foule : Moi j'aime Zola, moi j'ai tout lu Maupassant et j'ai trop kiffé sa reum.
Non, je ne comprends pas. Leurs textes ne sont pas commerciales, ne sont pas fait pour plaire, c'est juste le fruit d'une longue recherche, d'un long travail, d'une importante implication personnelle, mais ce n'est pas dans le but de plaire à la société de consommation des années 2000.
Moi, consommateur militant, je demande la réécriture au second degré de tous les chef-d'oeuvres français. Merci.
Fermons la parenthèse.
Donc à cette époque qui n'est pas bien loin, je commençais a m'hasarder sur les chemins sinueux et tortueux de l'acceptation personnel et de la découverte de son soi même au travers d'un style d'écrit, d'humour alternatif, et d'écrits efficaces.
C'était aussi l'époque où on apprenait les différents types de tension en physique. Bref.
Donc fière de moi, lors de notre deuxième brevet blanc, j'ai rendu comme rédaction un texte plutôt lourd, plutôt maladroit à certains endroits, et bien qu'admirablement écrite, ma double page de hiéroglyphe ne laissait comprendre au lecteur les différentes subtilités uniquement si ce dernier possédait le bordel neuronale que j'avais à l'époque. Et je crois toujours l'avoir quelque part.
Mme R. étant une personne tout a fait rangée dans sa tète, interpréta mes libertés stylistiques comme des erreurs très maladroites que n'aurait même pas du se permettre un élève de 5ème.
Me sentant incompris, voulant clamé haut et fort ma différence et revendiquant le droit a un style propre (a défaut d'avoir des copies dans cet état) et en me faisant mousser avec A. nous avons décidé d'écrire une lettre à Mme R. notre correctrice.
Le 27 Mai 2004, alors que je suis tranquillement en train d'ouvrir Microsoft Outlook, le dossier Courrier deviens gras et indique le chiffre 1.
Voici donc ce que j'ai reçu de A., sa lettre pour mme R. qui vaut la peine d'être lue.
Les notes en italique sont des commentaires que je me suis permis, j'espère qu'A. n'y verra pas d'inconvénient. Je suppose tout du moins.
« Je me suis fait CHIER pour faire une lettre DINTELLO de MERDE qui PUUUUUUUUUUUUUUE.*
Bref. Nul. Cependant 5 pages verdana 20 (
fallait prendre impact, t'aurais été frustrée).
Mlle R.,
Cette lettre vous est destinée, car vous avez été un élément qui nous a amené à réfléchir sur l'expression écrite, l'épreuve de brevet aussi fastidieuse à réaliser qu'à corriger. Celle-ci demande à la fois imagination, grandes qualités d'expression et d'analyse de la part de l'élève, mais aussi, du côté du professeur, une attention particulière, un regard aiguisé et une patience hors du commun.
Notre lettre n'a aucune visée revendicative, elle n'a pas pour but d'effectuer pression ou menaces, mais plutôt de vous mettre face à certaines réalités. Elle vous demande peut-être une réflexion et une remise en cause à propos d'agissements propres à la correction.
Après la correction d'un devoir, la notation des copies est scrupuleusement vérifiée par chaque élève, et paradoxalement, ce sont les professeurs qui viennent à être jugés et notés. « Pas cool », « grave saquant », peu importe les expressions familières utilisées par chacun de nous pour critiquer une correction quelque peu dérangeante. L'important est plutôt de mettre des mots sur ce qui est incompréhensible par l'élève quant à une petite note, qui, après lecture et questionnement, peut prendre des proportions énormes. Expliquons ; avoir faux à une question de compréhension de texte est rarement propice à un litige. C'est juste, ou ça ne l'est pas. Mais dans le cas d'une rédaction, bien qu'un barème soit fixé, trop de circonstances idiotes sont mises en jeu. Vous allez rire -à vrai dire nous aussi-, mais il est certain que la sensibilité, l'humeur, et la patience du correcteur interviennent lors de la correction de l'expression écrite. Pour un même devoir, les notes seraient donc différentes en fonction du correcteur. C'est à la fois une fatalité et une grande injustice.
Conscients de l'importance de la correction de l'expression écrite, nous ne remettons pas en cause son utilité ; évaluer le niveau de l'élève, apporter des clefs pour progresser, des critiques constructives. Mais il arrive parfois de trouver sur sa feuille certains petits commentaires bien épicés, très peu pédagogues, voire même décourageants. L'élève se trouve alors dans une situation de frustration et d'incompréhension. Il s'agit parfois de malentendus, mais l'effet reste le même ; refus de réflexion sur son propre travail, jugeant que le professeur a mal réalisé le sien : la correction.
Il est primordial, lors de l'évaluation, de garder un oeil nouveau sur chaque copie, et non pas d'effectuer des comparaisons de style ou de qualité. Il est tout à fait concevable qu'un professeur n'adopte pas le style d'un élève, sa façon de s'exprimer quelque peu dérangeante, ou curieuse. Cependant, depuis notre plus jeune âge, on tente de nous inculquer des valeurs de tolérance, de respect, et surtout accepter l'autre à travers ses différences. On note néanmoins que certains correcteurs se permettent des réflexions peu adéquates à ce mode de pensée. Ces principes sont plus ou moins bafoués, à travers une négligence certaine du travail fourni, voire un irrespect total de l'investissement de l'élève dans son devoir. L'élève ne sen sent plus corrigé, mais jugé ; et c'est justement cette nuance qui fait la différence entre les correcteurs.
On reproche trop souvent aux élèves leurs longues phrases, quelque peu maladroites. Mais il faut tenter de distinguer l'élève qui n'attache aucune importance à la ponctuation, de celui qui compte donner avec cette phrase un effet particulier, tel ceux qu'il étudie si souvent lors d'analyses de texte, et auxquels l'on donne divers sens symboliques. Nous considérons qu'un élève peut tout à fait se permettre de trouver un style qui lui est propre et avec lequel il constate des facilités d'expression. Au lieu d'émettre un refus de cette diversité des styles d'expression, en amalgamant les personnalités de chacun, le correcteur devrait plutôt être tenté d'encourager l'élève dans sa démarche. C'est pourquoi, il faut, en lisant une copie, redoubler d'attention pour mieux saisir certains emplois et tournures de phrases et ne plus les considérer comme erreurs de syntaxe. Prenons pour exemple l'anaphore ; cette figure de style très connue et largement employée, est apparue, par effet de mode, après qu'un ou plusieurs auteurs connus aient lancé cette nouvelle manière d'expression. S'ils avait été corrigés par des professeurs, ignorant tout de l'anaphore, peut être ceux-ci auraient-ils marqué en rouge sur la marge « trop de répétitions ». Et pourtant...
C'est donc le fait que l'auteur de la copie soit un élève qui vous empêche de rechercher certains sous-entendus, certains symboles ou allusions, certaines figures de style ? Les phrases seraient donc trop pauvres en sens, trop riches en mots ? L'élève serait-il trop puéril pour mettre en oeuvre de nouvelles formes de littérature ?
Je vous en détrompe, c'est justement à la période de l'adolescence que l'élève est amené à une réflexion sur ce qui l'entoure, sans préavis, sans préjugés, ni idées bien conçues. Il développe un sens de la critique, et ouvre un oeil neuf sur le monde. Il ne faut donc pas négliger ses atouts, mais plutôt admirer et prendre conscience de ce qui lui traverse l'esprit, par rapport à certains faits, certains sujets. Il est donc important, malgré l'anonymat élève-correcteur, de cibler et comprendre le but et la démarche de l'élève, évoqués de manières diverses, parfois disparates, mais toujours présents dans une copie.
Enfin, il ne faut pas perdre de vue le fait que l'épreuve de rédaction vise à développer les qualités d'expression de l'élève. Il faut bien s'entendre sur un point ; il les mettra rarement en oeuvre dans la vie courante. Bien que fautes d'orthographe et vocabulaire « limité » sont à sanctionner, nous insistons sur l'importance de la réflexion de l'élève quant au sujet et à la mise en oeuvre des connaissances qu'il a acquises durant l'année. S'il applique les consignes, nous considérons que l'élève peut se permettre de laisser aller son imagination, d'effectuer des tournures de phrases spéciales,...Il est inconcevable de sanctionner un élève par rapport à l'exploitation d'une nouvelle forme d'expression.
Car ce sont justement ces capacités d'innovations, de création, qui vont propulser les futurs adultes vers des horizons nouveaux. Il faut les aider à développer celles-ci tout en apprenant à respecter les limites imposées. C'est une grande qualité que de savoir rester cadré, tout en exploitant son imagination. C'est en effet une richesse ; la richesse des jeunes, la richesse du futur...
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Et non, je n'ai pas vanté les mérites de pascail bantau, car mossieur n'est pas le centre du monde. Par contre j'exprime tt ce qui le révolte, ça a été dur pour moi, qui né u que 13.5/15 à la rédac. Estime toi heureux d'avoir une amie aussi douée que moi.
Je moto hallucine. Allé bisous! »
Vive cette lettre.
Le truc marrant c'est que les situations se sont inversées. Maintenant c'est elle qui a une prof de français anti-progressiste et moi un prof qui aime plus ou moins ma façon libérale et libérée d'écrire.
Je vais éviter le rire sadique cette fois.
Be Yourself.
Free the pleasures.
Je crois que pour toi, cette correctrice a réussi son but ... :)
http://www.pascail.com/blog/tb-pwal.php?id=145