L'heure obscure.
La nuit m'a toujours fasciné, et j'ai toujours rêvé d'aller en ville, de me balader dans les rues et les bâtiments qui ressemblent à du carton pâte de par la manière dont ils sont éclairés.
Voici la carte de ma nuit.
J'ai croisé une personne dans ma virée nocturne, et c'est sur cette personne qu'est tombé mon besoin de rattraper tout le social que je n'ai pas pu avoir dans la journée.
Je sors un bout de papier de ma poche, et au moment de la croiser, je m'approche de cet homme aux aspects inoffensifs. L'homme devait sans doute avoir la 50ène passée, et était d'un type français des plus banale.
Je fixe mon bout de papier, puis l'homme.
- Bonsoir monsieur.
- Bonsoir (regard surpris à la fois par moi et par mon bout de papier)
- Est-ce pas trop indiscret que de vous demander vos initiales ?
- (pris au dépourvu l'homme réponds illico) G. M. ... mais... Pourquoi ?
- (En regardant mon papier qui en fait est vierge, mais l'homme ne le sais pas) G. M. hum... ‘La nuit est belle ce soir'.
- Hein pardon, quoi comment ?
- ‘La nuit est belle ce soir', bonne soirée monsieur G. M.
- (regard encore plus interloqué et surpris) heu... hein ?
Et je continu ma route sans me retourner.
Je ne sais pas ce que l'homme a compris, je ne sais pas si il a compris que c'était du rien du tout servi sur un plateau en argent.
Peut-être est-ce qu'il essaye de comprendre cette phrase qui lui serait adressée, peut-être il l'a oubliée, peut-être pense-t-il que ce n'était qu'une illusion.
Par mis tous les riens du tout servis sur un plateau en argent que j'ai fait, celui là me pause bien des interrogations post action.
J'ai continué mon chemin au travers de la ville morte. Les feux tricolores grignotaient solitairement la nuit bien entamée. Quelques voitures de livraisons ont troublé le silence mortuaire qu'était le quartier, et en suivant l'exemple, un oiseau au cri encore inconnu s'est mis à poignarder la quiétude du paysage.
J'ai aperçu une ombre titubante, l'ombre n'était pas saoul, non, les ombres ne peuvent pas être saoul, mais son propriétaire l'était sans doute. J'ai donc rapidement fait demi-tour, pour éviter une autre rencontre qui cette fois n'aurait pas forcement été à mon avantage.
Je me suis retournée, l'ombre s'était évanouie, et son propriétaire dormait isolément dans un abri de bus.
Dans mon chemin du retour, au jardin publique, je n'ai pas résisté a l'envi de me balancer sur les balançoires enfin libre, dans un parc enfin dénué d'enfants, dans un parc enfin calme. Eclairé par des lueurs glauques (d'un vert tendant sur le bleu, a cause de l'éclairage vert - bleu du parc) je me suis balancé. La balançoire, réveillée, s'est mise à grincer. Je suis parti.
Sur le gazon glauques du parc au milles lueurs glauques, j'ai aperçu des formes, qui ont bougées, ces formes recouvertes de couvertures dormaient au plein milieu du parc. Pris d'une immense culpabilité, de me retrouver dehors alors que moi j'ai un toit, j'ai pressé le pas pour rentrer et rédiger ce ticket.
Ce qui est maintenant chose faite, je vais aller dormir.
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